Une culture du remplacement

Le 8/02/2017

Cher Journal,

Plus j’avance dans mon projet plus, je constate que le premier réflexe, ou plutôt la première question qui vient c’est : par quoi je vais remplacer

Ce qui peut paraître normal & cohérent dans un sens, mais d’un autre, plus j’avance moins j’y vois de cohérence. Au contraire, plus j’y vois de la green surconsommation. Une sorte de consommation compulsive, massive, abusive mais pseudo ethico-ecologique.

Tu comprends c’est meilleur pour la santé & la planète donc je peux en abuser… 

En effet, lorsque tu passes d’une alimentation industrielle à une plus éthique, plus responsable tu cherches forcément ce qui va constituer ton repas.
Idem pour ce qui est de la cosmétique. Mais, aujourd’hui je m’interroge : avons-nous réellement besoin de tout remplacer tout le temps ? 

Ces êtres que nous perdons nous demandons-nous par qui nous allons les remplacer ? Non.
La vie & le temps font que petit à petit nous parvenons (difficilement) à faire sans. Alors pourquoi ne pas l’appliquer à notre quotidien ? 

Ouais je sais comparer des êtres chers décédés à de la bouffe ou des cosmétiques c’est borderline…   

Pourquoi vouloir remplacer la viande par du tofu qui à terme s’avère nocif pour notre santé ? (car nous ne savons pas consommer les alternatives avec parcimonie)
Pourquoi vouloir remplacer notre crème anti-ride /acné alors qu’il suffit de changer son alimentation, se reconnecter & s’accepter?

N’est-ce pas un paradoxe dans notre démarche ? Dans notre quête du remplacement dire qu’on veut moins [moins de produits nocifs] & mieux consommer ne devient-il pas un non sens ?

Étrangement quand tu changes de mode de fonctionnement, tout le monde dans ton entourage devient un “spécialiste” ou un “expert” : gluten, minéraux, vitamines & autres carences sont au coeur des débats.

Qu’est ce qui détermine ce dont nous avons réellement besoin ? Les médecins ? Les spécialistes ? Les statistiques ? Les parents ?

Et eux qu’est ce qui leur donne une “légitimité”? Leurs diplômes? Leurs expériences? Les lobbys? La pression sociale ? L’inné? L’acquis? Pourquoi nous les remettons pas en questions?

Pourquoi n’écouterions-nous pas simplement le principal concerné : notre corps ? Pourquoi ne pas lui le laisser libre arbitre des choix & des décisions qui vont impacter son fonctionnement ?

Je constate plusieurs réponses ou stades. 

D’une part ce sont les restes de notre vie de sur-consommateur qui nous pousse à chercher le remplacement.

Oui on veut être meilleur ! Mais comme on ne sait pas comment faire on applique les anciennes habitudes dans un autre environnement. Sans oublier l’omniprésence de  l’obsolescence auto-programmée. On a grandit avec le concept même de si ça marche pas tu en rachètes un autre ! A tel point que c’est devenu un mécanisme qu’on applique dans nos relations avec autrui.

Mon mec me casse les couilles? Je le largue!
Mon patron me saoule? Je me met en AM!

Plutôt que chercher, longtemps, expérimenter, tout le temps : comment réparer durablement.
On ne sait plus réparer, on ne sait plus prendre et perdre du temps à chercher pour l améliorer. Et puis de toute façon il y a déjà une solution toute faite toute prête alors pourquoi s’en priver ?

Ensuite il y la peur, en général, de tout mais surtout celle du manque. Nous vivons dans un pays où nous avons la chance de pouvoir accéder à tout tout de suite : la culture, la santé  (même si quand tu vas aux urgences ça te bouffe la journée), la nourriture, les biens matériels… Ce qui fait qu’en soit on ne manque jamais de rien. Si ce n’est le vrai bonheur

Puis vient la facilité. Il est plus facile d’acheter que de devoir organiser sa vie sans.

Oui ! C’est plus facile de m’acheter du fond de teint plutôt que changer ma façon de consommer, de prendre soin de moi pour ne pas en avoir besoin…

Ensuite le manque de connaissance, on ne se connaît pas du coup on a peur de mal faire. On a peur de ce qu’on ne sait pas. L’inconnu est une variable pas très rassurante qui peut mener à l’échec et l’échec dans notre société c’est le mal. Nous vivons dans une société où on nous demande d’être toujours meilleur ou plutôt, le meilleur. Tu comprends méritocratie, mobilité social (all that bulshit!) Du coup, si tu échoues tu es vu comme étant faible.

Je ne dis pas qu’ils est inutile de vouloir tout remplacer. Je m’interroge si dans certains cas ne vaudrait il pas mieux d’accepter que certaines choses ne valent peut être pas la peine de l’être?

Qu’en est-il de la frustration ressentie par le manque? Je parle de lorsqu’on ne parvient pas à remplacer. Ou quand tu peux avoir un substitut naturel mais qui demande juste un peu de patience pour que la mécanique se mette en route.
Où est l’excitation, le challenge ? La recherche du dépassement de soi ? Pourquoi vouloir le tout confort ? Pour combler quel vide au final ?

Pour moi il ne s’agit de rien d’autre que de vouloir combler le grand vide de solitude qu’est notre vie & notre sentiment d’impuissance.

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